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  LES ÉROTOMANES

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MessageSujet: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:43

Les érotomanes 
Parfois confondue avec une obsession du sexe ou de l'amour, l'érotomanie est une maladie psychiatrique provoquant la conviction délirante d'être aimé. Un trouble parfois exacerbé par l'explosion des réseaux sociaux.
Depuis dix ans, Chloé subit les assauts d'un homme à qui elle a eu le malheur, adolescente, de sourire un soir d'été. Convaincu depuis que la jeune femme est éprise de lui, il ne recule devant rien pour l'approcher: outre les coups de fils incessants et lettres par centaines, il dort parfois dans sa voiture durant des semaines au pied de son travail. Un cauchemar pour Chloé, qui a "peur, en permanence", même lors des rares périodes où son amoureux transi est interné.  
L'homme à l'origine des tourments de Chloé est atteint d'une véritable maladie, appelée érotomanie. Un "trouble délirant persistant, provoquant la conviction d'être aimé", explique le psychiatre Laurent Karila. Une "psychose paranoïaque passionnelle, qui peut rapidement transformer l'existence de ceux qui en sont victimes en enfer". 
Rien à voir avec une tocade amoureuse
Souvent galvaudée et comparée à tort à un besoin de séduire un peu maladif, l'érotomanie n'a rien à voir avec une tocade amoureuse telle qu'on peut en connaître parfois. Rien à voir non plus avec les "accros au sexe", prévient Emmanuelle Lacroix, psychothérapeute spécialisée dans les addictions.  
"Les érotomanes cherchent l'amour et la reconnaissance, ils ne sont pas dans une quête boulimique de sexe. Cela peut éventuellement se rapprocher de ce que l'on peut traverser parfois à l'adolescence, lorsque l'on passe des heures à décrypter un mot ou une expression d'un être aimé. Seulement un vrai délire érotomane ne s'arrête pas, il s'intensifie même avec le temps".  

"L'obsession se fixe sans qu'il n'y ait aucune raison objective, ajoute Laurent Karila. Parfois, il peut s'agir d'un geste totalement anodin, un regard qui n'en est pas un, une branche de lunettes relevée d'une certaine façon ou un simple bonjour. Il faut bien que les victimes comprennent qu'il s'agit d'un délire qui n'a finalement pas grand chose à voir avec elles".  


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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:43

L'espoir, le dépit et le passage à l'acte 
Le psychiatre identifie trois phases dans la maladie: "Il y a tout d'abord l'espoir. C'est le temps des déclarations, des lettres, des coups de téléphone. Une étape suivie du dépit, lorsque la personne est rejetée: tristesse, dépression... Puis survient le passage à l'acte: menaces, haine, harcèlement, voire violences". Une progression très bien décrite dans l'excellent film de Michel Spinosa, Anna M, où Isabelle Carré interprète une patiente persuadée que son médecin est amoureux d'elle. Douce et réservée, la jeune femme finit par basculer dans une terrifiante démence, allant jusqu'à se faire embaucher comme baby-sitter dans l'immeuble du médecin pour mieux l'approcher. 
Attention, tous les érotomanes ne deviennent pas dangereux ou ne se transforment pas en monstres comme l'héroïne d'Anna M, prévient Laurent Karila, "mais c'est du domaine du possible, d'où la nécessité absolue lorsqu'on en est la cible de ne pas subir en silence". "Il faut en parler, ne serait-ce que parce que c'est très lourd à porter. Et si la personne se fait trop pressante, si l'on ressent de la peur, ne pas hésiter à déposer une main courante, voire à porter plainte". 
Des victimes impuissantes 
"Un des psys de cet homme m'a prévenue un jour qu'il n'était pas exclu qu'il en vienne à me tuer", raconte Chloé, encore sous le choc. "Mais comme pour l'instant il n'est jamais allé plus loin que ses filatures ou ses campements en bas de chez moi, la justice ne peut pas grand chose, malgré les procédures engagées".  
C'est cette impuissance qui est selon Chloé le plus difficile à vivre dans cette histoire: "Il faut accepter que l'on ne peut rien faire, si ce n'est espérer qu'il aille mieux. Il faut aussi intégrer le fait que l'on n'y est pour rien, que l'on est même pas vraiment aimé par cette personne. Dans ses lettres, il m'appelle parfois par un autre prénom, tout en m'assurant que nous finirons par nous marier, avoir des enfants, parce qu'il sait que nous nous aimons". 
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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:44

"Il y a des traitements, explique Laurent Karila: neuroleptiques, psychothérapie, hospitalisation lorsque le patient est en pleine décompensation." Difficile néanmoins de parler de guérison totale. Il se souvient ainsi de l'une de ses patientes avocates, "convaincue d'être aimée d'une personne célèbre". "Nous avons réussi à équilibrer le trouble, à force d'un suivi régulier. Mais quelques années plus tard, alors qu'elle avait retrouvé sa lucidité, je l'ai entendue me dire qu'il l'aimait encore peut-être..."  
Les réseaux sociaux, des boulevards pour les érotomanes 
S'il serait exagéré de voir des érotomanes partout, "c'est une pathologie relativement rare malgré tout", précise Laurent Karila, l'explosion des réseaux sociaux tend à exacerber le phénomène. Le psychiatre y consacre d'ailleurs un chapitre dans son ouvrage Accro!, publié chez Flammarion.  
"Ce ne sont pas Facebook, Twitter ou les blogs qui provoquent la maladie, mais ces supports sont autant de vecteurs d'expression supplémentaires pour les malades", explique-t-il. Facile en effet de contrôler les faits et gestes de quiconque inscrit sur les réseaux sociaux, sans compter l'immédiateté des SMS ou autres messages instantanés. Une raison supplémentaire de paramétrer ses comptes de manière à ne divulguer que le strict nécessaire sur sa vie privée... 
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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:47

De l’amour contrarié au transfert érotomaniaque
30 septembre 2014  Luc Faucher



Résumé. En partant d’un cas clinique d’érotomanie est développée une réflexion sur la pratique du transfert dans la psychose. Ce cas nous fait enseignement d’une part sur la manière dont peut être assumé le transfert avec le sujet psychotique, et d’autre part sur ce que le sujet invente comme solution autogène, ici délirante, pour parer à l’éminence du rapport mortifère à sa psychose. Le clinicien doit pouvoir trouver là un modèle de sa visée de thérapeute, soit l’instauration d’une fonction de limite de la jouissance.

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:49

Article
« Au commencement de la psychanalyse était l’amour », nous rappelle Solal Rabinovitch1. C’est en effet par les premières manifestations du transfert que la question de l’amour s’est introduite dans la pensée analytique, dés ses débuts. Il n’est pas la peine de rappeler la cure d’Anna O. par Breuer et Freud, ni l’insistance de Lacan sur ce point qui y consacra une année entière de son séminaire.
Mais c’est en passant par cet amour fou qu’est l’érotomanie que j’ai souhaité aborder la pratique clinique de la psychose, qui ne peut éviter la question du transfert avec les sujets psychotiques.
Je vais alors tenter de témoigner d’un transfert psychotique et de son maniement dans une cure, à travers ce récit clinique, qui viendra aussi nous enseigner l’intérêt pour le sujet de la solution érotomaniaque, mais aussi ses quelques déconvenues.
Cette patiente, âgée de 53 ans quand elle est venue me consulter sur les recommandations de la médecine du travail, m’avait été adressée parce qu’elle s’était « embringuée dans un jeu de séduction avec un jeune énarque ». Ce sont ses mots.
Avant d’exposer cette folie amoureuse dont elle était venue me parler, je dois vous retracer les principaux éléments de son parcours.
Elle est issue d’une famille modeste de charpentiers, mais son père, qui n’avait jamais eu beaucoup de goût à cela, avait revendu l’entreprise familiale et s’était reconverti comme secrétaire d’une petite mairie de village. Il décèdera précocement, à l’adolescence de la patiente, d’un infarctus. Elle le décrit comme réservé et peu présent dans l’éducation de ses enfants, peu de place lui étant d’ailleurs laissée par son épouse. Je ne retrouvais pas de trace chez elle d’un quelconque attachement à ce père, que ce soit en bien ou en mal, seule apparaissait une certaine indifférence à son égard. Les phénomènes de sa psychose laissent supposer qu’aucune métaphore paternelle ne réussit à s’établir, aucun autre ne venant suppléer à ce père pour assurer cette fonction paternelle à même d’orienter le désir de sa mère.

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:51

Sa mère, qui habite toujours en province, est décrite, elle, comme très autoritaire. Elle se montrait très dure, surtout avec ses deux filles, la patiente y voit d’ailleurs comme conséquence qu’elle et sa sœur se sont mariées à des étrangers. «Elle nous a écrasé, elle nous a mis des bâtons dans les roues, encore aujourd’hui, elle répond à notre place ». A d’autres moments cependant, elle en parle comme d’un véritable « pilier » pour elle, « sans elle, je m’effondre ». L’Autre maternel se présente, dans son discours, d’emblée sous ses deux versants, l’un persécuteur, l’autre qui maintient en vie, tout comme dans le rapport du Président Schreber au dieu de son délire, une «érotomanie divine»5ref]Lacan, J. (1981).Les psychoses, (1955-1956), Seuil, p.350[/ref] dira Lacan.
De son enfance, peu de souvenirs, sinon une atmosphère pesante. Elle était l’ainée de la fratrie, a eu une sœur et deux frères. Le seul élément notable est qu’elle souffrait d’un tic provoquant un mouvement de tête qui dit non, ce qui n’est pas n’importe quel mouvement, déjà une forme de négativisme, phénomène que l’on peut interpréter comme un effet dans le corps de la forclusion.
Elle a eu quelques flirts à l’adolescence, elle va même être fiancée pendant un an, puis décidant, brutalement, que ce fiancé n’est pas le bon, au moment d’officialiser les choses, elle file, on pourrait dire à l’anglaise, en embarquant pour l’Angleterre comme fille au pair. Est ce là un premier moment de déclenchement de sa psychose? C’est probable. Elle y rencontre, presque aussitôt arrivée, son futur mari, écossais, étudiant aux Beaux Arts (l’acuité de son regard sur les choses sera sans cesse mise en avant). La manière dont se déroule cette rencontre est essentielle à repérer, puisqu’elle constitue une première fixation érotomaniaque. Ils se rencontrent dans une bibliothèque, elle voit dans son regard qu’il a le coup de foudre pour elle, le dit «love at first sight» et se laisse rapidement séduire pour se marier cinq mois plus tard.
« On était nés à quatre jours de différence, tous les deux capricorne, on était fait pour la vie de bohème, j’ai eu l’impression de trouver comme un jumeau, un double. Une relation à la vie, à la mort, on avait cette certitude que jamais rien ne pourrait nous séparer ». Cela souligne la capture imaginaire qui fait, avant tout, le ressort de l’amour psychotique, restant figé sur l’axe a-a’. 

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:52

C’était pour elle aussi un « pilier », même signifiant qu’elle emploie pour sa mère, autre point marquant le rôle de ce mari comme prothèse imaginaire, venant sous la forme de l’amour localiser la jouissance de l’Autre. L’érotomanie, en restaurant une version sexuée de la jouissance, bien que version non œdipienne, permet en effet une tempérance de cette jouissance insoutenable. Avec son mariage d’ailleurs, elle note que ses tics disparaissent, ils réapparaîtront temporairement au décès de son mari. L’étranger et l’éloignement de la langue maternelle ne sont pas pour rien dans cet équilibre trouvé pour un temps, manière de limiter cette jouissance insoutenable de l’Autre maternel, que nous constatons fréquemment comme motivation de départ pour un pays de langue étrangère, de langue non-maternelle.
Nous pouvons prendre la mesure ici que l’érotomane est dans la certitude, certitude qu’il ou elle est un objet précieux et unique aux yeux de l’autre, là où l’hystérique ne cesse de s’interroger sur le « Pourquoi me choisit-il moi? », « Qu’est-ce qu’il me trouve de particulier? » ou « En quoi suis-je différente des autres? ». Là pas non plus beaucoup de doutes sur la réciprocité des sentiments, elle en a la ferme conviction, quand la vie amoureuse « ordinaire » nous fait renouveler sans cesse cette interrogation.
Elle aura deux fils ; le premier souffre d’un retard mental en lien avec des complications obstétricales, associé à une psychose infantile ; le second, schizophrène, a décompensé au décès de son père. L’érotomanie, que nous qualifions ici de conjugale, n’est, en effet, pas restée sans conséquence sur les enfants du couple.
Ils vont vivre pendant treize ans en Écosse, une « vie de bohème » dit-elle. Mais elle présente, suite à un avortement, une symptomatologie dépressive, suivie de peu par son mari sur un mode mélancolique, ce qui décide le couple à rentrer en France, elle, recherchant ouvertement le retour auprès du «pilier» maternel.
Elle prend alors un poste dans une administration comme secrétaire, poste qu’elle continue d’occuper. Elle évoque une vie parfaite avec son mari, nullement assombrie par les infidélités multiples et les crises de jalousie fréquentes de son mari.
Cet équilibre « parfait » va cependant vaciller au décès de son mari, dans les suites d’un cancer. Elle va de nouveau connaître une phase de dépression, prise en charge par son médecin généraliste avec un traitement antidépresseur. Mais ce n’est pas le traitement qui va la sortir de sa dépression, sinon peut être en précipitant quelque peu les événements qui vont suivre.

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:53

En effet, c’est la même année qu’arrive dans son administration, un jeune énarque d’une trentaine d’années (elle a alors 49 ans) qui va commencer à avoir de drôles d’intentions à son égard. Il était surnommé « le beau gosse ». « Il était entouré d’une cour de filles, il aurait pu avoir un mannequin du 16è arrondissement, alors pourquoi moi ? Il a commencé à jeter un regard incendiaire sur mes jambes puis sur mon ventre». Encore une fois, cette interrogation sur le «Pourquoi moi?» n’était que pure rhétorique dans la dialectique de sa conviction délirante, radicalement opposée au «Che vuoi?» de l’hystérique. Tout cela durera plusieurs années, avec de nombreux petits signes qui viendront étayer progressivement ses premières certitudes. Deux ans après son arrivée, un banal évènement va déclencher, chez elle, le coup de foudre. Il lui propose en effet de l’aider, la voyant encombrée de tout son courrier. Quelques temps après elle remarque qu’il reprend “ son jeu d’allumage avec ses regards langoureux et sensuels”. “Ça a commencé à m’exciter”, nous avoue-t-elle.
En pleine phase d’espoir, de nouveaux signes viennent confirmer son intérêt pour elle, elle se jette alors à l’eau et lui envoie petits mots et mails d’abord anodins, puis déclarant de plus en plus sa flamme. Elle commence à avoir des remarques de sa hiérarchie. « Notre hiérarchie est très importante, notre relation n’était pas tolérable » dit-elle. Elle s’interroge alors sur les pressions que son objet a du subir pour être forcé à se plaindre d’elle.
Cela ne l’arrête pas beaucoup si bien qu’après un congé pendant lequel elle lui a adressé de nombreuses cartes postales évoquant leur “amour contrarié”, si nous pouvons le résumer ainsi, elle se voit convoquée par sa hiérarchie en présence du beau jeune homme. Il se plaint de son harcèlement, un des deux doit donc quitter le site où ils travaillent, ce sera elle. C’est à ce moment-là que je commence à la recevoir dans une phase de dépit, mais qui ne reste pas sans espoir.

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:54

Il est mis en place un léger traitement et un suivi régulier qui va durer près de 7 ans, elle ne manquera aucun rendez-vous et pour cause.
Après une première phase où elle évoque beaucoup sa relation contrariée, relation qu’elle compare sans cesse à celle qu’elle a connue avec son mari, elle prend un peu de distance sur sa situation, arrive à en rire, à se dire qu’elle a été idiote de tomber dans le panneau de ce séducteur. Mon attitude alors fut de soutenir sa parole par une écoute attentive de son histoire et de son délire, de se faire «le secrétaire de l’aliéné»2 comme le souligne Lacan reprenant l’expression de Falret, mais également de l’aider à considérer son expérience comme commune et non exceptionnelle, notamment vis à vis de l’attitude de sa hiérarchie vécue de manière persécutive, manière de tempérer là aussi une jouissance insoutenable dont elle se sentait l’objet. Cette position, délicate à tenir, tentait d’assurer un apaisement tout en évitant de prendre une place de grand Autre, par un discours trop médical par exemple, qui serait devenue pour elle persécuteur.
Cependant une relation transférentielle érotomaniaque s’est instaurée avec son thérapeute, qui s’est principalement caractérisée par deux choses : certaines poses suggestives qu’elle adoptait lors des entretiens et la poignée de main à son départ où elle ne manquait pas de me caresser le creux de la main. Ce transfert fut inévitable, l’objet de l’érotomaniaque étant toujours l’homme d’un savoir, ma position de médecin ne pouvait que favoriser un tel transfert, et peut être sans y prendre garde avais je par quelque attitude bienveillante pu le favoriser autrement que par ma fonction. Un transfert érotomaniaque est chose assez banale dans la prise en charge au long cours des patients psychotiques, pour cette patiente, ce n’était que répétition de sa solution délirante. La reconnaissance de ce lien transférentiel ne s’est pas établie sans quelques inquiétudes, me traversait l’esprit ces descriptions clérambaldiennes d’érotomanes harcelantes ou meurtrières. Cela ne semblait cependant pas être son cas.

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:55

Identifiant ce lien transférentiel, il s’agissait de le manier avec prudence. J’ai donc poursuivi en étant vigilant dans mes mots et mes gestes à ne pas laisser trop de prise à l’interprétation, à ne pas alimenter en signes sa pente érotomaniaque ; je savais cependant les mots de Clérambault rapportant les propos d’une érotomane : « Son regard et sa voix ont toujours démenti ce qu’il me disait »3. Quoi que je dise, elle pouvait l’interpréter dans un sens qui venait appuyer sa conviction. Comment dés lors maintenir ce transfert sur un mode platonique et ne pas favoriser le glissement vers une «érotomanie mortifiante»4 dans laquelle elle pouvait s’engouffrer?
J’ai longuement écouté ses plaintes autour de manifestations anxieuses ou somatiques multiples, de contrariétés au travail, de ses enfants et de sa difficulté à voir le bonheur des autres qu’elle sentait épanouis sexuellement, alors qu’elle ne trouvait rien de ce côté là. Il s’agissait bien pour elle de se faire l’objet de la jouissance de son médecin, en s’offrant elle, identifiée à ses maux. Ses mots sur ses maux lui apparaissaient comme ce qui était attendu d’elle par son médecin supposé jouisseur.
J’ai donc tenu cette place pendant prés d’une année, constatant une certaine inertie dans son discours, puisqu’elle ne cherchait plus à repérer les coordonnées de son parcours, ni à s’interroger sur ses difficultés, mais simplement à se faire don à l’Autre. Il fut alors essentiel de ne pas être pris soi même dans une forme de jouissance névrotique. La demande, l’obsessionnel, on le sait, il n’attend que ça, il supplie qu’on lui demande dit Lacan{ref]Lacan, J. (2004). L’angoisse, (1962-1963), Seuil, p.64[/ref]. Donc ne pas jouir de cette place où nous met le sujet, mais aussi assumer une certaine constance dans le lien transférentiel, ne pas vaciller et supporter les avatars de ce lien.

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:56

Tout doucement, sur l’insistance de ses collègues et avec mon soutien discret dans ce sens, elle a commencé à se mettre en quête d’un nouveau compagnon. Sorties au dancing avec ses amies, annonce de rencontre passée dans une revue consacrée aux chasseurs et enfin inscription sur Meetic, qui lui a permis de rencontrer un homme avec qui elle entretient une relation depuis.
« C’est un Japonais » me dit-elle, « ça va faire hurler ma mère!». Quelle jouissance se lisait sur son visage à ce moment où elle me l’annonça. Elle abandonna aussitôt ses petits signes à mon égard.
Alors certes, c’est une relation un peu compliquée, mais qui semble cependant pleinement la satisfaire, un « nouveau pilier » dit-elle encore. En effet, il apparait un peu bizarre, il est plus jeune qu’elle, a des « TOC » plus qu’étranges, et a une passion pour les femmes « mûres » , si bien qu’il a une autre relation avec une femme tout aussi mûre. Elle s’en accommode sans grande difficulté, en se voyant comme la «femme des sens », la « femme bohème », et l’autre, sa rivale, comme la femme « de ménage », s’occupant des tâches ingrates. On voit ici la méconnaissance systématique de l’autre femme comme modèle ou rivale, bien repérée dans la clinique classique de l’érotomanie, comme absence de jalousie.
Depuis lors, ses manifestations anxieuses ont disparu, de même que ses plaintes. Les entretiens se sont espacés, et son temps a été désormais presque totalement consacré à cette nouvelle passion. Plus signe de l’énarque, ni du thérapeute.
Une évolution et un parcours thérapeutique que n’aurait pas reniés Esquirol, lui qui proposait comme seul remède à l’érotomanie, le mariage à son objet de fixation. Elle s’est, en effet, mariée au premier objet de son érotomanie. A sa disparition, elle trouve un nouvel objet avec cet énarque, mais là, son amour est contrarié. Alors au moyen d’une fixation transitoire sur son thérapeute, elle est parvenue à nouer une nouvelle relation, qui bien qu’un peu bancale, la soutient de nouveau.

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:57

Cette solution érotomaniaque, solution autogène de la psychose, dont on observe ici la vertu stabilisatrice, invoquée pour parer à l’éminence d’un rapport mortifère, le clinicien doit pouvoir y trouver un modèle de sa visée de thérapeute, soit l’instauration d’une fonction de limite de la jouissance, comme l’a si bien souligné Francoise Gorog dans son article sur l’érotomanie5. C’est, entre autres, une des visées de la création en mai 2011, à son initiative, de l’Institut Hospitalier de Psychanalyse (IHP) à l’Hôpital Sainte Anne, que de poursuivre une recherche et un enseignement en psychanalyse en dialogue avec d’autres disciplines et articulés à la pratique clinique , l’IHP favorisant également l’accès à tous au traitement psychanalytique.

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MessageSujet: Re: LES ÉROTOMANES    Mar 1 Nov - 0:57

Érotomanie
 Ne doit pas être confondu avec nymphomanie ou jalousie.

Portrait d'une érotomane de vingt deux ans hospitalisée en 18431.
L’érotomanie ou syndrome de Clérambault est la conviction délirante d'être aimé. Loin de l'obsession d'un amour non partagé, c'est une forme de psychose paranoïaque de la catégorie des délires passionnels où la haine de l'autre2 est, par un renversement des positions subjectives, déguisée en « conviction illusoire d'être aimé »3.
Le patient érotomane est persuadé qu'un « admirateur anonyme » lui déclare son affection, souvent par le biais de télépathie, de messages secrets, de regards, de messages dans les médias. Le plus souvent l'objet de cette érotomanie est quelqu'un d'un statut à quelques égards supérieur, une personnalité prestigieuse par exemple, qui ne connaît pas l'érotomane qui lui prête de tels sentiments imaginaires et ne sait même pas qu'il en est l'objet jusqu'à ce que la maladie, ce qui n'arrive pas toujours, vire au harcèlement. Habituellement, le patient lui retourne en effet cette « affection » qu'il lui suppose en lui écrivant, en lui téléphonant et en lui faisant des cadeaux. Même quand ses avances sont rejetées par la personne qui fait l'objet de son délire, personne qu'il n'aime pas toujours2 mais dont il est certain d'être aimé, le sujet souffrant de cette maladie, à cause de cette certitude, ne peut pas comprendre le refus qui lui est opposé. Il imagine en retour que son objet d'« amour » use d'un stratagème pour cacher cet amour interdit au reste du monde4. De là, le délire peut dégénérer jusqu'à une forme de jalousie revendicatrice et au crime passionnel.

²

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